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Stuttgart, nouveau cœur (ferroviaire) de l’Europe ?

En 2008, la ville de Stuttgart, en Allemagne, se dotait d’une nouvelle devise : Das neue Herz Europas (« Le nouveau cœur de l'Europe »). Cette ambition se traduit notamment par un important plan d’amélioration des transports ferroviaires qui a abouti, il y a quelques semaines, à la signature avec Thales d’un important contrat (127 millions d’euros) portant sur la numérisation du système de signalisation du nœud ferroviaire de Stuttgart.

Comme nous l’explique Oliver Dörre, directeur de Thales en Allemagne et PDG de Thales Deutschland, ce projet constitue aussi et surtout le laboratoire d’un programme beaucoup plus vaste de modernisation du réseau ferroviaire d’outre-Rhin.

 

Oliver Dörre, en quoi consiste le contrat remporté par Thales ?

Globalement, le contrat conclu avec la Deutsche Bahn, un de nos plus importants clients dans le domaine du transport terrestre, porte sur la modernisation totale du système de signalisation du nœud ferroviaire de Stuttgart. Pour être plus précis, il prévoit l’installation d’un système de signalisation numérique, le déploiement de la version la plus récente du système européen de contrôle de trains, plus connu sous son acronyme ETCS (European Train Control System), niveau 2, et celui d’un système d’automatisation de la conduite de trains avec conducteur. Tout cela implique la mise en place le long des voies de plus de 6 000 balises, d’au moins 1 300 compteurs d’essieux et de quelque 650 moteurs d’aiguillage permettant de superviser et de guider le trafic en temps réel.

Quels sont les principaux avantages pour les usagers ?

La région de Stuttgart est l’une des plus densément peuplées et les plus embouteillées d’Allemagne avec environ 2,7 millions d’habitants et il est impossible d’y construire de nouvelles lignes. En numérisant la signalisation nous allons contribuer à augmenter de 20 % la capacité de l’infrastructure actuelle.

De quelle manière ?

Concrètement, le fait de disposer de systèmes de signalisation numériques permet à l’opérateur de réduire l’espace entre les trains en toute sécurité, donc de faire circuler davantage de trains de passagers et de fret avec une meilleure ponctualité et dans de meilleures conditions de confort. Le tout sans avoir à construire un seul kilomètre de ligne supplémentaire !

Et quels bénéfices pour l’opérateur, la Deustche Bahn ? 

Ils sont nombreux : faire circuler davantage de passagers et de fret sur la même infrastructure, réduire son empreinte carbone et ses coûts de maintenance, augmenter la satisfaction des usagers, ses revenus et aussi sa position concurrentielle face aux autres moyens de transport. Enfin, et plus largement, ce projet contribue à réaliser l’ambition européenne de devenir neutre en carbone en 2050 en augmentant l’utilisation du rail.

L’enjeu environnemental est donc important ?

Absolument, et, en particulier, au niveau régional. Avec la Deutsche Bahn, nous sommes convaincus qu’en améliorant ainsi l’attractivité du transport ferroviaire, nous encouragerons les habitants et les entreprises à délaisser la route pour le rail, ce qui contribuera à réduire les émissions de CO2 de manière significative.

« Ce projet très exigeant constituera une référence pour toutes les autres grandes agglomérations en Europe. »

Qu’est ce qui rend ce contrat si particulier à vos yeux ?

Plusieurs points. En premier lieu, c’est un projet compliqué qui exige que nous démontrions notre capacité à maîtriser la complexité à tous les niveaux techniques :  il est beaucoup plus ardu de moderniser une infrastructure ferroviaire existante, surtout aussi dense, que d’en construire une ! Vous devez installer un nouveau système de signalisation tout en perturbant le moins possible la circulation des trains et sans aucun compromis sur la sécurité, bien entendu… Nous sommes des spécialistes reconnus en matière de modernisation d’infrastructures de signalisation existantes, avec une longue expérience de ce type d’opérations sur les réseaux du monde entier, et tout particulièrement à Stuttgart où nous travaillons depuis de nombreuses années. Nous allons fournir des technologies de pointe depuis Stuttgart à Stuttgart.

C’est pourquoi aussi ce projet, qui fait appel à des technologies très pointues, est le fruit d’une véritable co-innovation avec notre client, la Deutsche Bahn, avec lequel nous entretenons depuis longtemps une relation de confiance.  Une proximité renforcée, dans ce cas, par le fait que c’est près de Stuttgart, à Ditzingen, que siège le principal centre de compétence de Thales pour la signalisation des grandes lignes. 

Enfin, et c’est un point majeur, ce contrat marque la première étape d’un programme beaucoup plus ambitieux. Stuttgart va être un prototype, un laboratoire de la future numérisation de l’ensemble de la signalisation ferroviaire en Allemagne et devrait s’imposer comme une référence pour toutes les grandes agglomérations dans le monde entier. 

« Avec ses compétences exceptionnelles tant en matière de signalisation ferroviaire que de cybersécurité, Thales s’impose comme un acteur de premier plan pour ce type de grand projet. » 

Qui dit numérisation dit aussi cybermenaces… 

C’est évidemment une dimension fondamentale que nous prenons en compte dès le début du projet et que nous gardons constamment à l’esprit tout au long de son avancée. C’est ce qu’on appelle chez Thales « cybersecurity by design », c’est-à-dire la cybersécurité dès la conception. Et Thales, avec ses compétences exceptionnelles tant en matière de signalisation ferroviaire que de cybersécurité, s’impose comme un acteur de premier plan pour ce type de grand projet.

Quand le projet doit-il être achevé ?

La numérisation du nœud ferroviaire de Stuttgart devrait être terminée en 2025. A cette date, les trains longue distance, régionaux et de banlieue circuleront sur un réseau entièrement modernisé et numérisé. La numérisation de l’ensemble du réseau ferroviaire allemand est, pour sa part, prévue pour 2035.