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Le Centre d'Information de Combat (CIC) du futur

Chaque jour, on entend parler de nouvelles armes, de nouveaux systèmes sans pilote, de nouveaux capteurs et de nouvelles plateformes. Les menaces sont en constante évolution. Mais comment un centre d'information de combat (CIC), le cœur d'un navire de guerre pendant les opérations, peut-il faire face à ces futures menaces ?

 

© Thales

Les centres d'information de combat (CIC) sont légèrement différents dans chaque marine et dans les différents types de navires de guerre, mais ils sont globalement les mêmes. C'est là que sont regroupées les informations provenant des radars, des sonars, des caméras, des systèmes de guerre électronique, etc. Les opérateurs voient les informations sur leur écran, les traitent et les partagent avec leurs collaborateurs du CIC et avec d'autres unités aériennes, de surface ou sous-marines. Le personnel du CIC reçoit ces informations depuis différentes sources afin de disposer d’une vue d'ensemble tactique et de pouvoir prendre des décisions. Si la décision d'engager une cible est prise, l'utilisation des armes sera également coordonnée par le CIC.

Les CIC tels que nous les connaissons aujourd'hui ne sont souvent pas très différents de ceux des années 70. Bien sûr, leur puissance de calcul a été considérablement améliorée, leurs écrans et leurs capteurs sont bien meilleurs, mais le concept reste le même : un écran, un clavier, un casque, des informations à recueillir et à partager, et un être humain.

Toutefois, les menaces évoluent plus rapidement depuis quelques années. Thales se penche donc sur le CIC du futur, et Marineschepen.nl a interviewé Didier Flottes, ancien capitaine de la Marine française. Didier Flottes a passé vingt-sept ans dans la Marine nationale française. Il a été commandant de deux navires et officier d'état-major du CIC de diverses frégates et d'un destroyer américain à plusieurs reprises.

« Chez Thales, nous explorons en permanence les possibilités du CIC pour l’avenir, déclare Didier Flottes. C'est un aperçu des futures possibilités, et nous examinons quelles technologies nous pouvons utiliser pour faire face aux futures menaces ».

Plus rapide, plus petit, en plus grand nombre

Les menaces auxquelles les navires de guerre risquent d’être confrontés à l'avenir sont les suivantes : « Nous observons des missiles très rapides, notamment les missiles hypersoniques qui sont déjà utilisés par les forces armées russes et chinoises, explique M. Flottes. On peut également s’attendre à des missiles venant de toutes les directions, des missiles rasant la mer, mais aussi des missiles venant directement du ciel. Les petits drones pouvant être utilisés dans des attaques en essaim sont une nouveauté. Un seul drone ne représente pas une grande menace, mais ce peut être le cas d’un essaim ».

« Le rythme opérationnel devient également beaucoup plus élevé. Cela peut devenir un problème si vous devez prendre des décisions plus rapidement que le cerveau humain n’en est capable. En outre, il y a beaucoup plus d'informations à gérer. Les éléments que vous recueillez sont un mélange d'informations en temps réel et d'informations plus anciennes ».

« Un autre point à prendre en compte est que les navires ne seront plus seuls en mer à l'avenir. Ils opéreront toujours avec des systèmes sans pilote, ce qui nécessite d’excellentes capacités de communication et de contrôle ».

Les domaines de la guerre deviennent également de plus en plus entremêlés.

« Par le passé, il y avait une distinction entre la guerre anti-surface et la guerre anti-aérienne, mais aujourd’hui, celles-ci sont de plus en plus imbriquées en raison de l'accélération des rythmes de bataille et de la combinaison des menaces conventionnelles et asymétriques, explique M. Flottes. Les menaces agissent de manière coordonnée, ce qui implique de combiner tous les domaines de surface et sous-marins, en incluant également la guerre électronique et cybernétique ».

Les menaces évoluent de plus en plus vite, mais les navires ne sont pas conçus pour des ajustements rapides. « Il faut des années pour qu'un navire soit construit, puis il doit durer 20, 30 ans, voire plus. S'adapter à la menace n'est donc pas simple ».

Regarder plus loin

« Pour faire face à ces évolutions, il faut des capteurs à plus longue portée, pour avoir une image plus globale de l’environnement tactique, explique M. Flottes. Dans le même temps, les systèmes et capteurs doivent être très précis. Il faut également partager un plus grand nombre d'informations avec les autres unités. Et tout ceci doit être fait rapidement ».

N'est-ce pas possible dans le cadre des CIC actuels ? « Si, dans une certaine mesure, répond M. Flottes. Il est possible de régler l'échelle de son écran afin de voir plus loin, si les capteurs le permettent. Mais les nouvelles technologies peuvent améliorer beaucoup de choses ».

Le CIC du futur

À quoi pourrait ressembler le CIC du futur ? Le premier ajustement concernerait la présentation des informations provenant des capteurs. « La façon dont on visualise la menace, précise M. Flottes. Aujourd'hui, tout se fait sur des écrans d'ordinateur, mais cela pourrait changer pour certaines personnes dans le CIC. Pas pour tout le monde ; si l’on n’est responsable que d'un seul système d'armes, il n'est pas important d'avoir une vue d'ensemble et on peut alors se concentrer sur les informations concernant le système sur son écran ».

« Mais les personnes qui travaillent à un niveau supérieur dans le CIC, jusqu’au commandant ou à l'officier général, explique M. Flottes, doivent avoir une vue globale de la situation tactique autour du navire. Il faut donc afficher les contacts sous-marins, de surface et aériens qui ont été détectés. Cela peut se faire, par exemple, grâce à un écran bien plus grand sur le mur, ou en plaçant des écrans transparents affichant des informations dans tout le centre. Ou encore en présentant la situation environnante dans des lunettes 3D. Chaque personne verra les informations qui lui sont utiles. Cependant, ce n'est pas non plus une bonne idée de tout présenter dans des lunettes 3D. Il faut donc chercher des méthodes de visualisation 3D sans lunettes ».

« Étant donné que la menace peut venir directement d'en haut ou d'en bas, il faut avoir une vue complète de la bulle qui entoure le vaisseau. Les capteurs doivent être capables de le faire, mais leurs informations doivent également être visualisées ».

Cela ne signifie pas que M. Flottes pense que remplacer le pont par une salle fermée dotée d’écrans soit une bonne idée. « Voir les choses de ses propres yeux est plus rapide, et notre champ de vision est toujours meilleur que celui d’une caméra », explique-t-il.

L'humain comme facteur de retard

Lors des futurs conflits, le temps sera encore plus précieux. Non seulement parce que les missiles volent plus vite, mais aussi parce que les cibles sont plus difficiles à détecter. « Les humains deviennent le maillon faible, selon M. Flottes. Pour les menaces entrantes très rapides, il faut disposer d'une sorte de mode de défense automatique. Mais cela devient très complexe à gérer pour éviter des erreurs fatales, comme le fait de tirer sur le matériel d’alliés ».

« De nombreuses entreprises affirment utiliser l'intelligence artificielle dans leurs systèmes, indique M. Flottes. D'un point de vue marketing, cela sonne bien. Thales y travaille également. Les entreprises civiles l'utilisent beaucoup, elles aussi, mais si vous la transférez dans un environnement militaire, vous devez être très prudent. Car même si c'est techniquement possible, que mettez-vous dans cette IA ? Est-il possible de le qualifier sur une base juridique ? S’il s’agit juste de détecter et de classer un contact plus rapidement, alors les possibilités sont nombreuses. Mais il en faut plus pour utiliser automatiquement les systèmes d'armes ».

Plus d'unités et plus d'informations à partager

À l’avenir, davantage d’informations seront nécessaires pour obtenir une image plus lisible. Il pourrait alors être nécessaire de fusionner ces informations. « Certains tracés radar peuvent ne pas être d'une qualité suffisante pour voir une cible difficile à détecter. En fusionnant les informations provenant d'autres unités et d'autres capteurs, on peut être en mesure de détecter un contact qui, autrement, passerait inaperçu. On appelle cela la fusion de données. Mais cela nécessite des ordinateurs puissants et l'aide de l'intelligence artificielle sera la bienvenue ».

Ces ordinateurs plus puissants ne seront pas le principal problème à l'avenir, estime M. Flottes. « Nous nous dirigeons vers une situation dans laquelle nous allons partager de nombreuses données issues de capteurs les uns avec les autres. Le défi consiste à savoir comment les unités peuvent partager ces informations rapidement et en toute sécurité. De vastes bandes passantes sont nécessaires. Cela est en partie rendu possible par les satellites, mais ils seront les premiers à être détruits dans une situation de guerre de haute intensité. Il faudra donc trouver d'autres solutions, mais la limite se situera au niveau des moyens de communication ».

C'est également un défi en raison de l'utilisation accrue de systèmes sans pilote. Une frégate qui ne dispose actuellement que d'un hélicoptère et d'un RHIB pourra être équipée de nombreux systèmes sans pilote à l'avenir.

Cela nécessite également une approche juridique commune. « Par exemple, si vous travaillez avec un système sans pilote, qui provient à l'origine d'un navire de la force opérationnelle d'un autre pays, et que quelque chose se produit pendant une opération, il est aujourd'hui juridiquement complexe de déterminer quelles sont les responsabilités ».

Flexibilité

Une autre caractéristique du CIC du futur, à en croire M. Flottes, est la flexibilité. « À un moment donné, vous pourriez collaborer avec une force opérationnelle de l'OTAN près d'une côte ennemie, tout en sachant que l'adversaire ne dispose pas de sous-marins. Vous pourrez alors décider de ne pas utiliser quatre ou cinq consoles pour la lutte anti-sous-marine, mais d'utiliser une seule console et les autres pour les menaces de surface ou aériennes ».

« Les consoles du CIC doivent être multifonctionnelles, afin que l'attention du CIC puisse être adaptée à la menace d'un moment à l'autre ».

La possibilité d'ajuster le système de gestion du combat (CMS) représente également une amélioration de la flexibilité. « Si vous opérez à des milliers de kilomètres de votre base et que des renseignements indiquent que l'adversaire dispose d'un nouveau type de missile, vous devrez peut-être ajuster vos capteurs ou votre CMS afin que cette menace puisse être détectée plus tôt. Dans une telle situation, il faut pouvoir télécharger un patch par le biais d’une connexion sécurisée pour ajuster l'algorithme ».

« En outre, il est important de prévoir des mises à jour régulières, par exemple une fois par an, pour que le CIC reste à jour ».

Et les humains ?

Malgré les améliorations technologiques, l’humain continuera à jouer un rôle dans le CIC. « Même si les systèmes sans pilote seront davantage utilisés, que les données seront partagées plus rapidement et que les algorithmes effectueront davantage de travail, le personnel du CIC reste l’élément le plus important. Par ailleurs, il faudra continuer à travailler ensemble en tant qu'équipe, cela ne changera pas ».

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