Modem 21 et la sécurisation des communications militaires satellites : une innovation disruptive

En cas de conflit, les moyens de communication ont toujours été des cibles stratégiques. Pour protéger les communications satellites contre les tentatives de brouillage une solution n'a jamais été prise en défaut : le modem 21. Aujourd'hui devenu une norme OTAN, il est au cœur d'une dynamique d'innovation qui lui permet de s'adapter aux besoins spécifiques de chaque client.

Durant la seconde guerre mondiale, tandis que les savants allemands et anglais se livraient une guerre secrète pour crypter/décrypter les codes de communication de leurs forces armées, des français tentaient d'écouter la BBC. Les tentatives de l'occupant pour brouiller les fréquences utilisées par la radio anglaise, résonnent encore dans nos oreilles et notre mémoire collective.

Quand les communications sont une cible

En cas de conflit armé, gêner les communications de l'ennemi est et a toujours été un objectif stratégique et le brouillage est aujourd'hui considéré comme un acte de guerre. L'avènement des nouvelles technologies et la nécessité de mener des opérations de plus en plus loin du territoire d'attache n'ont fait que renforcer la nécessité d'assurer la permanence, l'étanchéité et la résilience aux attaques des canaux de communication.

L'histoire du modem 21 s'inscrit dans une longue tradition. Tout commence en 2004. Le ministère français de la Défense cherche alors un moyen de sécuriser ses communications satellites stratégiques qui lui permettent de rester en contact avec les grands navires de sa Marine. Comment imaginer qu'une tentative de brouillage ennemie rompe le contact entre la métropole et un porte-avions ?

Un modem anti-brouillage

Pour Jacques, ingénieur, la solution qui permettra d'éviter un brouillage intentionnel consiste nécessairement à changer très souvent et très rapidement de fréquence, selon un schéma qui doit être lui-même impossible à reproduire. De cette façon, la communication ne peut pas être brouillée, tout simplement parce qu'elle ne peut pas être repérée. Une technique déjà utilisée pour les radios mais qu'il va falloir adapter aux  communications satellites, tout en synchronisant l'ensemble des utilisateurs d'un même réseau. C'est ainsi qu'il  invente une forme d'onde, un protocole révolutionnaire qui, est encore aujourd'hui, au cœur de la technologie disruptive du modem 21.

 La résilience de la solution, qui s'adapte à tous les types de satellites géostationnaires déjà existants sans qu'il y ait besoin de les modifier ou d'en lancer de nouveaux, a tôt fait d'intéresser d'autres corps d'armée. Très rapidement, le modem 21 est adapté aux besoins des théâtres d'opération, permettant aux postes de commandement de communiquer de façon sécurisée avec la métropole.

En 2006, le modem 21 remporte un succès déterminant. Cette année-là, sa technologie est adoptée pour sécuriser les communications satellites de l'OTAN et devient un véritable standard : le STANAG (pour Standardization Agreement) 4606. Nous n'en sommes encore qu'à l'édition 1, bas débit.

Il y aura rapidement une édition 2 améliorant le débit mais c'est en 2008 que l'innovation se concrétise pleinement avec le projet Yahsat. Les Émirats Arabes Unis voient dans le modem 21 une solution qui a fait ses preuves en devenant un standard OTAN, mais ils veulent aller plus loin : pour augmenter drastiquement les débits et diversifier les services et les usages possibles, il faut transposer le modem 21 aux technologies IP, à la "commutation de paquets", bref, au monde Internet.

Un défi relevé par Thales, testé sur le terrain par Yahsat et converti, en 2014 en une nouvelle édition de la norme OTAN, l’édition 3.

Une dynamique d’innovation

Depuis, cette dynamique se poursuit. A partir des besoins exprimés par les forces armées, elle passe par la recherche de solutions innovantes, puis leur validation sur le terrain et enfin par leur intégration dans une norme internationale commune en perpétuelle évolution. Pour satisfaire les besoins spécifiques de chaque client, de chaque pays, de chaque corps d'armée, il a fallu intégrer le modem 21 dans des boitiers durcis, résistants au sable et aux chocs. Il a fallu résoudre le problème de la portabilité et de la mobilité, intégrer l'équipement dans des drones et des avions se déplaçant à grande vitesse…

La dernière édition, l’édition 4, de la norme STANAG 4606 offre de très hauts débits, jusqu'à 100Mbps. Qu'il s'agisse de transmettre de la voix, des photos, des vidéos, des plans, ou encore les données de telle ou telle application spécialisée, le modem 21 "prépare" le signal avant qu'il ne soit amplifié et renvoyé vers le satellite qui, en simple miroir, le renverra à l'autre bout du monde jusqu'à un terminal, lui-même équipé d'un modem 21. Entre les deux modems, personne n'a encore jamais réussi à interférer ou à écouter !