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Thales au cœur des enjeux de souveraineté

Thales occupe la première place du classement réalisé par le cabinet Vélite que vient de publier le magazine économique Challenges sur les entreprises du CAC 40 contribuant le plus à la souveraineté française. A cette occasion, nous avons rencontré Philippe Keryer, directeur général adjoint en charge de la stratégie et de la recherche et technologie.

© Eric M - Encre Noire

Pourquoi ce regain d’intérêt pour les questions de souveraineté ?

La crise sans précédent que nous traversons met en lumière l’importance de ces questions. Observons d’abord que cette crise n’a pas fait naître de coopération mondiale notable et se traduit même pour beaucoup de pays par un certain repli sur soi. Surtout, elle montre bien qu’il ne peut y avoir de souveraineté politique sans souveraineté économique. Souveraineté économique qui passe par l’autonomie stratégique et, donc, par la maîtrise totale de certaines technologies. Quand je dis totale, je veux dire depuis la recherche amont jusqu’à la production en passant par le développement.  

Pour un groupe comme Thales qui consacre des moyens humains et financiers considérables à la R & D - environ 33 000 ingénieurs et 4 milliards d’euros par an -, la souveraineté est une préoccupation très présente, aussi bien en amont puisque nous avons des partenariats de recherche avec des instituts académiques comme le CNRS et le CEA qu’en aval puisque nous « irriguons » tout un écosystème de fournisseurs.

Quand on parle de souveraineté, on pense immédiatement à la défense…

Oui, parce qu’elle représente l’expression la plus simple, la plus naturelle et la plus claire de la souveraineté nationale.

Thales consacre environ 2,5 milliards d’euros à la R & D dans le domaine de la défense, ce qui en fait certainement le premier acteur européen, Royaume-Uni inclus. La plupart de cette R & D est cofinancée par le ministère des Armées, et dans ce domaine il est évidemment capital de développer des technologies souveraines, du point de vue national ou européen.

Mais la multiplication des programmes en coopération européenne est-elle compatible avec cette sauvegarde de la souveraineté nationale ?

La France n’a pas les moyens à elle-seule d’assurer son indépendance stratégique sur toutes les technologies dans tous les domaines. Aucun autre pays non plus, d’ailleurs.  Chaque Etat doit définir quels secteurs, quelles technologies il considère comme souveraines et c’est en fonction de ce critère que doivent se construire les programmes en coopération européenne.

À l’heure où le monde n’a jamais été si interconnecté, les économies si dépendantes les unes des autres, il est capital, pour la France et pour l’Europe, de préserver leur indépendance technologique dans les secteurs qu’elles estiment stratégiques.

Vous évoquiez l’écosystème de fournisseurs irrigué par un groupe comme Thales. Mais dans le domaine de la défense, les débouchés ne sont-ils pas trop minces ?

Il est vrai que, dans la défense, les débouchés sont souvent limités pour entretenir une supply chain souveraine. C’est pourquoi il faut soutenir l’innovation duale et favoriser des synergies entre la défense et d’autres secteurs d’activité.

Par exemple ?

Le premier exemple qui me vient à l’esprit, c’est celui de l’IA de confiance dont les applications couvrent tous les domaines industriels. Mais on peut penser aussi à des synergies avec l’automobile (capteurs MEMS, imageurs, composite…), le médical (capteurs quantiques) ou encore avec les fabricants de machines-outils pour les lasers. 

Les questions de souveraineté dépassent donc le cadre de la défense…

Bien entendu. Je prendrais deux secteurs dans lesquels l’enjeu de souveraineté est particulièrement important : le numérique et le médical.

La pandémie et les confinements massifs nous ont rappelé que le numérique est devenu l’épine dorsale de nos sociétés et à quel point la numérisation de notre économie et de nos services publics est essentielle pour permettre à notre société de fonctionner lorsque les déplacements physiques ne sont pas souhaitables ou pas nécessaires.

Ce rôle accru du numérique s’accompagne de risques de sécurité importants, comme en témoigne la recrudescence spectaculaire des cyberattaques depuis le début de l’année 2020, et aussi des risques de souveraineté. En effet, les outils auxquels il est fait appel sont principalement anglo-saxons. Aussi est-il nécessaire de protéger notre « territoire national numérique » face à des comportements hostiles ou simplement face à la dépendance de nos acteurs publics ou privés envers des infrastructures numériques extraterritoriales.

Thales fait partie des quelques entreprises françaises d’envergure mondiale capables de proposer des solutions de souveraineté numérique : protection des réseaux, protection de la donnée, contrôle d’accès, biométrie, renseignement et conseil en cybersécurité, etc.

Vous évoquiez également le domaine de la santé

Là encore, la pandémie a mis au jour les failles de notre industrie de santé. Thales développe et vend depuis plusieurs décennies des détecteurs pour radiologie, un domaine qui connaît une véritable révolution numérique.  L’imagerie médicale est aujourd’hui au cœur des technologies pour la santé, que ce soit à des fins de prévention, diagnostiques ou thérapeutiques. En intégrant les technologies digitales (IA, connectivité, cybersécurité), on offre au patient un diagnostic plus rapide, plus sûr et cyber-sécurisé. La téléradiologie offre, quant à elle, la possibilité d’un diagnostic en dehors des structures et horaires traditionnels, répondant ainsi à la saturation grandissante des urgences et services de radiologie.

 L’an dernier, Thales a lancé un projet de développement d’une filière française souveraine d’équipements médicaux et de services digitaux dans le cadre d’un consortium réunissant grands groupes, PMEs, start-ups, partenaires académiques et dont l’Etat est partenaire. Notre objectif est d’amorcer en quatre ans un leadership français en imagerie médicale nomade et mobile.

Thales a donc vocation à être un acteur de la souveraineté française ?

Pas seulement française.  Thales n’est pas une entreprise franco-française comme on le pense trop souvent. Nous sommes implantés dans presque 70 pays à travers le monde. Cela fait longtemps que le Groupe accompagne certains pays dans leur quête de souveraineté. Les deux pays emblématiques à ce titre sont sans conteste l’Australie et le Royaume-Uni. Thales est le premier industriel de défense dans le premier et un des principaux dans le second puisque, par exemple, nous fournissons tous les systèmes sonars des sous-marins britanniques.

 Je crois qu’à l’heure où le monde n’a jamais été si interconnecté, les économies si dépendantes les unes des autres, il est capital, pour la France et pour l’Europe, de préserver leur indépendance technologique dans les secteurs qu’elles estiment stratégiques.