Du Big Data au « Good Data » pour une ville plus intelligente

Interview de Sébastien Sabatier, Responsable commercial export, Domaine Protection & Security


Quelle est l’approche de Thales en matière de ville intelligente  ? 

Partout dans le monde, les villes disposent d’immenses quantités de données, qui ne cessent de croître avec la multiplication du nombre « d’objets » urbains connectés - smartphones, éclairage public, transport, panneaux d’affichage, accès aux lieux publics, caméras de surveillance… -  gérés via de multiples systèmes d’information… Conscients du potentiel qu’elles représentent, les services publics commencent à mettre en place des « organes centraux » pour collecter, trier et traiter ces données afin de les valoriser.

La plateforme « City Top », au cœur de l’offre Smart City de Thales, a été conçue dans cet esprit. En interconnectant les systèmes de mobilité et sécurité urbaines pour lesquels nous disposons d’une expertise métier unique, elle nous permet d’apporter de vrais différenciateurs à nos clients. Les grands volumes de données que génèrent ces systèmes sont traités et analysés de manière intelligente pour les rendre intelligibles et exploitables par les acteurs en charge du pilotage de la ville.

Mais notre approche est résolument évolutive. « City Top » est un environnement ouvert, un « socle » intelligent qui permet d’interconnecter les autres systèmes existants - santé, énergie, éducation, tourisme, culture, … En nous appuyant sur l’expertise métier de partenaires clés et sur notre capacité d’intégrateur unique, nous construisons une solution qui permet de gérer de manière unifiée/intégrée l’ensemble des opérations de la ville en utilisant pleinement la richesse des données collectées. Les opérateurs peuvent ainsi prendre des décisions en toute connaissance de cause, avec une analyse précise et complète et une vue globale des différents indicateurs.
Avec ce type d’approche, nous aidons la ville à construire et murir son projet « smart city » brique par brique, en concertation avec l’ensemble des acteurs impliqués - collectivités, entreprises privées, citoyens, régions, Etats…

Grâce à notre longue expérience des problématiques urbaines, nous savons lire les projets et intégrer tous ceux qui contribuent à la construction d’une ville plus intelligente, même s’ils ne sont pas tagués « smart city ». Par exemple, un nouveau système d’éclairage public, avec ses enjeux d’économie d’énergie, l’intelligence embarquée dans les lampadaires, avec une caméra de vidéo protection intégré qui pourra détecter une présence dans la rue et donc moduler l’éclairage et servir la sécurité et la tranquillité des résidents en analysant toutes tentatives de cambriolage, aura toute sa place dans un dispositif global de pilotage intelligent de la ville…

La cybersécurité, enjeu crucial des systèmes ouverts et interconnectés de la ville intelligente, est un autre trait distinctif majeur de notre approche. Toutes nos solutions sont nativement sécurisées (« cyber inside ») pour assurer une protection maximale contre la cybermenace et garantir l’intégrité de bout en bout des données, une condition sine qua non de leur exploitation et de leur valorisation, au moyen de technologies Big Data que nous maîtrisons parfaitement.
 
Thales Group - Organigram cybersecurity


Pouvez-vous illustrer plus précisément l’apport des technologies Big Data ?

Recueillir et stocker une masse de données n’a d’intérêt que si on est également capable de la rendre efficace, opérationnelle et « apprenante », c’est-à-dire s’enrichissant de son propre historique. Thales dispose d’atouts uniques en matière de Big Data : d’une part, les solutions de stockage ultra-sécurisées adaptées aux volumes massifs de données de ses clients, et d’autre part, l’arsenal algorithmique complexe indispensable pour leur traitement.

« City Top » permet de fédérer et de traiter de grands volumes de données très disparates générés par des sous-systèmes très variés - distribution/consommation d’eau, aides sociales, état civil, billettique, éclairage public, caméras de surveillance etc.

C’est de la « confrontation », du traitement et du croisement de ces données – jusqu’alors isolées, en silos -, que naissent les « Good Data », c’est-à-dire des « profils » non soupçonnés qui vont apporter un éclairage nouveau sur une situation et, en conséquence, orienter la décision et permettre un pilotage plus intelligent de la ville.
A Mexico par exemple, Thales a développé un système de sécurité urbaine d’une envergure inédite s’appuyant sur des milliers de capteurs (caméras, détecteurs de tirs, senseurs sismiques, drones, lecteurs de plaques d’immatriculation…)[1]. L’analyse intelligente (big analytics) des grands volumes de données recueillies par ces capteurs a permis de mettre en évidence des faits jusqu’alors insoupçonnés.  Parmi les plus marquants, les convois de mafieux, le phénomène des faux taxis ou celui des « doublettes », c’est-à-dire des voitures portant la même plaque d’immatriculation. La police dispose ainsi d’informations précises et peut mettre en œuvre les moyens pour interpeller...

A Toronto, l’analyse des données recueillies par le système billettique déployé par Thales a permis de détecter une concentration de plus en plus importante de « night shifters » (travailleurs de nuit) sur une ou deux lignes. Un autre exemple de « Good Data » qui permet à l’opérateur d’anticiper de nouveaux besoins et d’envisager de nouveaux services (restauration…) et/ou tarifications pour cette population très ciblée [2].
 

Au-delà de l’interprétation des activités passées, comment les données peuvent-elles aider à anticiper le futur ?

Une ville plus intelligente, c’est aussi, en effet, une ville qui se projette dans le futur, qui construit son projet sur le long terme. L’analyse prédictive des données permet d’optimiser ses actions et ses décisions futures.
Les outils intelligents de visualisation développés par Thales, par exemple, fournissent des graphes interactifs permettant de visualiser en temps réel l’impact de changements ou évènements. En modifiant tel ou tel paramètre, les décideurs peuvent visualiser immédiatement les conséquences sur le « système » : si l’on décide, par exemple, de fermer 2 voies sur 4 d’un axe de circulation, les graphes montrent les embouteillages et répercussions sur le trafic qui vont s’en suivre. La suppression d’un bus entrainera une plus grande affluence aux arrêts de bus et d’éventuels problèmes de sécurité, d’encombrement de la voie publique, d’énervement des voyageurs etc. 

Nous développons des outils prédictifs de ce type pour une grande ville du Moyen-Orient. L’interconnexion des systèmes de supervision des différents réseaux (bus, métro, tramway, bateau taxis, taxis urbains) permet d’obtenir une vision globale de la situation et de modifier, mieux comprendre et anticiper les situations en temps réel. C’est une précieuse aide à la décision.

L’analyse prédictive fait également ses preuves dans le domaine de la sécurité. Une solution comme PredPol, mise en œuvre dans plus d’une cinquantaine de villes américaines, permet de prévoir, au moyen d’un puisant algorithme, où et quand un crime aura lieu et de planifier les patrouilles de police en conséquence.
Le big analytics appliqué aux données issues des réseaux sociaux, des systèmes de vidéosurveillance ou d’autres sous-systèmes informatiques de la ville permet de prédire certaines situations (rassemblements festifs, manifestations hostiles, marchés sauvages etc…), de les anticiper et de mieux les encadrer de façon à protéger les gens.
 

Selon certaines sources, le marché mondial de la smart city atteindrait près de 150 milliards en 2020[3]. Où est-il le plus porteur ?

Dans les régions du monde où la croissance urbaine est la plus galopante : l’Asie et l’Afrique. Elles concentrent d’innombrables enjeux en matière de développement urbain : , sécurité mobilité, énergie, santé, éducation…  Les technologies numériques peuvent les aider à penser leurs modes développement de manière plus durable, plus intelligente, plus créative.

Mais à l’heure où la mondialisation intensifie la compétition entre les villes et où le changement climatique et la menace de l’épuisement des ressources ne permettent plus de produire et de consommer de manière non raisonnée, cette approche est valable partout dans le monde…

Grâce à la combinaison des très nombreuses bases de données existantes, les administrateurs des villes peuvent aujourd’hui disposer de puissants outils pour identifier et comprendre ce que veulent les citoyens et renforcer l’attractivité de leur ville en termes de qualité de vie, de sécurité, de mobilité, d’activité économique, de services…
Le rôle de Thales est de leur fournir ces outils en faisant dialoguer les fabuleux réservoirs de données existants…

 
Sébastien Sabatier
Thales Group - Sébastien Sabatier
 
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