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identité numérique

 

L'identité numérique s'impose comme l'une des tendances technologiques les plus répandues mondialement.

Pour un grand nombre d'acteurs publics et de citoyens, elle fait déjà partie de leur quotidien, et elle révolutionne la manière dont nous échangeons avec les institutions. C'est maintenant au tour du secteur privé de se lancer dans l'aventure.

Dans cette étude, nous mettrons en évidence les cinq principales tendances qui vont façonner le paysage de l'identité numérique.

Mais tout d'abord, examinons les faits marquants de la période 2016-2019.

Identité numérique: les dynamiques sont enclenchées

Avant de se tourner vers le futur, repassons les années précédentes en revue. Nous aurons de bonnes pistes pour nous projeter sur 2021 - et au-delà.

1. Des programmes d'identité nationale électronique toujours plus nombreux 

  • Le programme d'identification pour le développement (ID4D) des Nations Unies et de la Banque mondiale a pour objectif d'offrir à chacun des habitants de la planète une identité numérique légale d'ici 2030.
  • Lors de la conférence ID2020 summit en mai 2016 à New York, les Nations Unies lancent des discussions sur l'identité numérique, la technologie blockchain, les technologies de chiffrement et ses avantages pour les populations les plus démunies. 400 experts y partagent les meilleures pratiques et de nombreuses idées pour fournir une identité universelle à chacun.
  • Juste après cette conférence, L'Alliance ID2020 est créée. Basée à New York, cette organisation à but non lucratif réunie Accenture, Microsoft, Gavi The Vaccine Alliance, la fondation Rockefeller et IDEO-ORG.
  • De nombreux programmes nationaux d'identité électroniques (basés sur des cartes et/ou des solutions mobiles) ont été lancés ou initiés. C'est, par exemple, déjà le cas en Algérie, en Belgique (Identité sur mobile istme), au Cameroun, en Ecuador, en Jordanie, en Italie, Kyrgyzstan, Iran, Japon, au Sénégal, en Thaïlande, en Turquie et des annonces ont été faites dans ce sens aux Pays-Bas, en Bulgarie, en Norvège, au Liberia, en Pologne, en Jamaïque, au Philippines, au Sri Lanka, en Zambie, avec un programme pilote prévu en Birmanie. La plupart de ces programmes intègrent désormais la biométrie, majoritairement sous forme d'empreintes digitales.
  • Des projets tels que​​ l'initiative  Gov.UK Verify a été introduit en 2016 et l'Australie a annoncé que la première phase de son programme d'identité numérique sera lancée d'ici le mois d'Août 2017.
  • La France a également déclaré début 2018 que son système eID national serait prêt pour l'automne 2019.​ Tout début janvier 2020, Docaposte, filiale numérique du Groupe La Poste a annoncé l'Identité Numérique La Poste, la première identité électronique française conforme au règlement eIDAS. 
  • ​Le Canada progresse également avec son programme d'identité numérique fédéral appelé Cadre de la fiducie pancanadienne piloté par le Conseil canadien de l'identification numérique et de l'authentification, un organisme à but non lucratif (DIACC​). Un projet fédéral de validation de principe pour un service d'authentification unifiée par connexion appelé Sign In Canada doit démarrer à l'automne 2018.
  • ​Le programme indien Aadhaar a franchi la barre du milliard d'utilisateurs en 2016. Au total, 1,2 milliard de résidents indiens ont obtenu leur identifiant Aadhaar​ en 2019. Cette identité numérique peut être obtenue sur la base des données biométriques et démographiques.​

Exemple d'identité numérique: la vision du Canada (Septembre 2018)

2. Technologies et réglementations : la normalisation de l'identification numérique en marche

  • Les projets de permis de conduire numérique (ou permis de conduire sur mobile) se multiplient dans des pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Australie et les Pays-Bas.
  • Des essais préliminaires de la Blockchain, une technologie de stockage et de transmission d'informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans contrôle centralisé, se sont déroulés en Estonie, afin d'appuyer le développement d'un programme transnational novateur d'e​-résidence, et au Royaume-Uni, afin d'étudier comment améliorer l'efficacité des versements des prestations sociales aux citoyens.
  • Les passages aux frontières et les aéroports intelligents apparaissent à un rythme soutenu. Avec un milliard​​ de passeports électroniques actuellement en circulation, et la poussée inexorable de la biométrie (notamment la reconnaissance faciale), ils offrent aux voyageurs sécurité, rapidité et transparence, lors de leurs déplacements à l'étranger.
  • Le règlement eIDAS, sur l'identification et la signature électronique, est entré en vigueur en juillet 2016, et rend obligatoires l'interopérabilité des identités numériques des échanges électroniques depuis le 29 septembre 2018. Cela dit, il n'impose pas la mise en place d'un programme national d'identité numérique pour les 28 Etats membres.

3. Émergence de nouvelles normes pour assurer compatibilité et interopérabilité

  • Un nouveau groupe de travail de l'OACI sur les certificats de voyage numériques a été créé, piloté par l'Australie.
  • Le sous-groupe Logical Data Structure 2 du Groupe de travail Nouvelles technologies de l'OACI a entamé la phase de conception de la norme LDS2, « l'avenir du passeport électronique ».
  • Le comité technique n°14 de l'ISO SC17 WG10 a débuté ses travaux sur les normes de vérification pour le permis de conduire mobile et a défini le périmètre de la vérification hors ligne. Nous avons vu en en 2018/2019 des ébauches de spécifications de vérification hors ligne et en ligne.​​
  • Le groupe de travail sur l'identité mobile de l'IATA a été constitué en 2016 et a débuté ses travaux en 2017.
  • L'organisme américain de normalisation, le National Institute of Standards and Technology (NIST) a octroyé une subvention pour soutenir la recherche sur les identités de confiance, et développer le permis de conduire numérique.​​

identité digitale

 

Identité numérique: les 5 tendances à suivre 

Toujours dans la même dynamique de ces dernières années, les changements s'accélèrent grâce aux acteurs publics et leurs partenaires.

Nous pensons que ces changements sont essentiels pour les autorités qui veulent faire de l'identité numérique (et des services en ligne de confiance  - en particulier des services mobiles) une des clés de la transformation numérique.

Pour synthétiser, nous nous attendons à :

  1. davantage de mobilité ;
  2. un besoin accru de sécurité et de confiance ;
  3. l'accélération de la transition vers un modèle de ville intelligente ;
  4. une demande croissante pour une gouvernance publique des systèmes d'identification numérique ;
  5. une augmentation des programmes d'identité numérique régalienne.

Examinons ces cinq forces.

Première force : la mobilité prévaut en termes de communication

Les identités seront de plus en plus mobiles.

Inutile d'être un expert pour remarquer que nous sommes désormais passés à l'ère de la connectivité mobile. Cette tendance n'est pas sur le point de fléchir. Et les conséquences sur l'identité numérique sont considérables. 

Voici quelques faits à retenir :

  • Plus de 60% de la population mondiale a accès à Internet en 2020.
  • 50% du trafic internet est mobile à fin 2020 selon Statista. 54% en mars 2021.
  • Google, qui s'est toujours intéressé aux avancées technologiques, est en train de miser sur un modèle entièrement mobile.
La leçon à tirer pour l'ensemble des acteurs de l'identité numérique est claire : adoptez des solutions privilégiant le monde mobile.

Deuxième force : la garantie de sécurité reste un impératif pour tous

L'identité est, par essence, le trait d'union qui réunit l'individu et le collectif.

Pour les pouvoirs publics, le principal défi à relever sera d'harmoniser les liens numériques qui sécurisent les relations entre les nouvelles identités régaliennes et la société au sens large.

La seule manière d'atteindre cet objectif est d'instaurer un cadre de confiance, garantissant la protection est la sécurité des données personnelles.

La période 2016-2019 a confirmé, une fois de plus, que les exigences de sécurité accrue et de lutte contre la fraude, la protection des données et de l'identité des citoyens, sont généralement bien acceptées par les citoyens.

Ce sont bien sûr des sujets régaliens par excellence.

La révélation de Cambridge Analytica à la mi-2018 était (une fois de plus) une bonne illustration du besoin d'un cadre réglementaire et normatif de l'identité numérique (comme le règlement eIDAS en particulier).

Ces prévisions sont confirmées par ce que nous avons découvert sur les attentes en matière de sécurité mobile, dans des entretiens menés auprès de 1300 citoyens en novembre 2016.​​

Puisque la confiance en l'autre est au centre de la construction sociale, peut-on vraiment s'étonner que la modernisation de l'identité et de l'identification soient des thèmes majeurs?

C'est à la lumière de ces attentes qu'il faut aussi comprendre la force du RGPD (Règlement Général de Protection des Données), le texte de référence en matière de protection des données de l'Union européenne.

Oui, une seule loi protège près de 500 millions de personnes depuis mai 2018.

Et cette tendance est confirmée de part le monde.

  • En Inde, la Cour suprême a confirmé en août 2017, que la protection des données est un droit fondamental.
  • Le Brésil a, depuis août 2020, une loi cadre regroupant plus de 40 textes, la LGPD (pour « Lei Geral de Proteção de Dados »)
  • La Californie vient de se doter d'un cadre juridique proche du RGPR avec deux lois  (CCPA et CPRA) : l'une en vigueur depuis le 1 janvier 2020 et l'autre à partir de Juillet 2023. Ces textes serviront sans doute de modèles pour une loi fédérale (2021). Ils ont potentiellement une importance aussi grande que le RGPD européen.

Pour en savoir plus, voir notre dossier sur la protection des données (en anglais).

Nous assistons depuis 2018 à l'émergence d'un consensus global.

Son principe est simple: la mauvaise gestion des informations personnelles ne sera pas tolérée.  Les entreprises ou organisations privées et publiques qui ne protègent pas correctement les données pourront se voir infliger de lourdes amendes.

Points importants à retenir :

  • Les citoyens sont non seulement prêts à accepter, mais souhaitent et exigent une sécurité accrue.
  • La période actuelle offre une occasion unique aux pouvoirs publics de revitaliser le lien fondamental qui les unit aux citoyens. Ils prouveront ainsi que la confiance collective n'est pas une relique du passé, mais un symbole identitaire puissant.

​Troisième force : la ville intelligente est notre nouveau terrain de jeu

Partout dans le monde, le déplacement des populations vers les zones urbaines est déjà l'une des tendances marquantes du 21e siècle.

Les évolutions technologiques sont donc liées de manière inextricable aux questions de migration de masse.

La ville intelligente, ou ville numérique, s'impose comme le modèle garantissant la cohérence entre tous les liens qui unissent les citadins, leurs communautés et les pouvoirs publics.

Ceci englobe, évidemment, l'e-gouvernement et/ou le m-gouvernement, au sein desquels l'identité numérique est la clé qui permet aux citoyens d'accéder à un large éventail de services.

Pour dire les choses autrement, la ville intelligente est appelée à devenir notre nouveau terrain de jeu. 

Par nature, les villes intelligentes sont des environnements mobiles. L'identité numérique représente dès lors le « cordon ombilical virtuel » qui relie en permanence les individus à leur vie public et sociale.

Aujourd'hui, le message adressé aux pouvoirs publics est clair : l'identité numérique nationale ou identité numérique régalienne encourage véritablement la créativité locale

Voici donc un autre point important à retenir :

Pensez national pour le local. Dans une démarche tournée vers le citoyen, les services de proximité sont les plus pertinents.

 

identité numérique régalienne

Quatrième force : la gouvernance publique est essentielle pour soutenir la croissance de l'économie numérique

Confrontés à une situation économique et sociale parfois tendue, les gouvernements sont inévitablement à la recherche de nouvelles opportunités pour une croissance harmonieuse et durable.

Avec la mise en place d'un environnement réglementé, une collaboration étroite entre le monde de la finance, les pouvoirs publics, à l'échelle nationale et locale, et les opérateurs de communication numérique permettra la création de solutions efficaces et la mise en œuvre de meilleures pratiques.

Bien entendu, ces nouveaux débouchés ne sont PAS une conséquence directe de l'identité numérique, mais de la multitude d'applications qui en découleront.

En d'autres termes, ce n'est pas la vente d'identités numériques mais bien les services de confiance et leurs nouvelles opportunités qui en assureront le modèle économique.

C'est là où les banques, les assurances, et autres opérateurs pourront constater un retour sur investissement.

Comme nous l'avons déjà souligné, l'identité numérique sécurisée est désormais une réalité technique.

L'accent sera donc mis sur l'adoption de nouvelles structures et réglementations indispensables pour régir les services et transactions associés.

Qu'est-ce que cela signifie en pratique ?

Le rôle des pouvoirs publics consistera à :

  1. créer une dynamique nationale 
  2. soutenir et coordonner les investissements publics, sans lesquels les transformations des collectivités locales ne pourraient opérer efficacement 
  3. s'assurer que ces multiples initiatives locales déboucheront sur une large palette de solutions cohérentes et interopérables : où qu'ils se trouvent, les citoyens mobiles auront besoin de se référer à des modes de services similaires.

Au cours de ces années, le marché suivra ces initiatives.

Comment pouvons-nous en avoir la certitude ?

En raison des preuves de plus en plus nombreuses de l'adhésion à l'identité numérique forte et aux services associés. Elles nous signalent clairement, depuis l'introduction de ce concept il y a une quinzaine d'années, que nous sommes arrivés à une étape charnière.

Cinquième force : les lancements pilotes et les déploiements répondent à une dynamique en trois phases

L'évolution de l'identité numérique – aussi vaste et dynamique soit-elle - va continuer de progresser, car c'est le citoyen qui est le principal moteur de ces changements.

La génér​ation Y​ est actuellement majoritaire au sein des salariés et représente une part croissante de la population. C'est elle qui est en train de redessiner les contours de nos institutions.

Au final, ces férus de technologie auront le dernier mot.

En finissant par adopter ces formes de technologies, les générations précédentes réussiront à briser leur isolement, à garder le contact et à préserver leurs liens sociaux et familiaux.

Nous pensons, qu'au cours des prochaines années, les trois phases suivantes seront confrontées à la même dynamique :

  1. De la théorie à la démonstration du concept : 2018-2020 seront les années où le concept de la blockchain devra être démontré dans le cadre des services publics - notamment dans des secteurs comme l'e-gouvernement et la santé. De nombreuses questions sur l'utilité de cette technologie pour l'identité numérique sont toujours en suspens.
  2. De la démonstration du concept au lancement pilote : avec le passage d'une technologie conceptuelle à la création de solutions sécurisées et interopérables et à l'établissement de nouvelles normes, 2018-2020 seront également les années du lancement pilote pour les permis de conduire numériques, les identités numériques sur mobile et les passeports virtuels/numériques hébergés sur le Cloud.
  3. Du lancement pilote à la mise en œuvre : la maturation dans les différents pays évolue plus vite que prévue, et nous pourrions atteindre le point de basculement au cours des 24 prochains mois. De nombreux programmes d'identité nationale électronique se rapprochent de la « masse critique ».

Maintenant, c'est à vous

Les prochaines années annoncent de nombreux changements.

Nous ne pouvons évidemment pas prétendre prévoir l'avenir et savoir quels seront les enjeux majeurs qui émergeront tout au long de cette nouvelle année.

Mais, peut-être avez-vous des idées à ce sujet ?

Si vous avez des remarques, une question à poser sur l'identité numérique ou l'identification ou si vous avez trouvé cet article utile, laissez nous  votre commentaire dans l'encadré ci-dessous. Nous apprécions également toutes les suggestions pour l'améliorer.

N'hésitez pas à prendre contact avec nous.​