Comment le conflit au Moyen-Orient influence l’avenir des opérations navales
Le conflit au Moyen-Orient bouleverse l’équilibre régional et expose les forces navales à de nouveaux risques, notamment en matière de liberté de navigation et de surveillance des espaces maritimes. Cette instabilité croissante oblige à adapter les dispositifs de sécurité pour garantir la protection des intérêts stratégiques en mer.
Face aux nouvelles menaces qui impactent la sécurité maritime dans la région et les intérêts stratégiques en mer, Éric Chaperon, Conseiller Défense Navale du groupe Thales, apporte son analyse sur les principales leçons à tirer et propose des mesures concrètes pour les opérations navales.
Eric Chaperon, Naval Defence Advisor for the Thales Group © Alex Black - Thales
Quels enseignements tirez-vous du conflit en cours au Moyen-Orient ?
Le conflit en cours au Moyen-Orient est sans doute loin d’être terminé. Pour autant, il est d’ores et déjà possible d’en tirer certains enseignements, qui font écho à ceux tirés des conflits précédents. J’en citerai quatre :
Le premier, particulièrement vrai dans le domaine naval, est qu’à la mer, vous n’êtes à l’abri nulle part. Le torpillage de la corvette iranienne, loin de la zone d’opération, en est un exemple frappant.
Le second, c’est l’importance de la résilience, c’est-à-dire de la capacité à durer. Difficile de dire aujourd’hui qui, des américains ou des iraniens, atteindra ses limites le premier. Capacités de frappe d’un côté, avec le risque d’épuisement des stocks de munitions ; capacité d’encaisse et de riposte de l’autre.
Le troisième, qui n’est pas nouveau, est l’importance du renseignement. Le renseignement est la clé de l’action à tous les niveaux : stratégique, opératif et tactique. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est la capacité à exploiter rapidement ce renseignement pour accélérer la boucle de décision et d’engagement. Les américains sont passés maîtres en la matière, avec à la clé un C2 performant basé sur une forte composante IA.
Le quatrième enseignement est que, dans un contexte où la menace aérienne se caractérise de plus en plus par un nombre croissant de missiles et de drones de tous types, il devient vital de pouvoir disposer d’une capacité de défense aérienne robuste et adaptable.
Que peut retenir Thales de ce conflit ?
Je le répète, le conflit n’est pas terminé et nous ne savons en réalité que peu de choses des difficultés rencontrées par les belligérants. À ce stade, je citerai quatre priorités pour Thales :
Tout d’abord, la nécessité de la robustesse de notre Maintien en Condition Opérationnelle (MCO). Nos marines clientes attendent de nous, en tous lieux et en toutes circonstances, un soutien efficace et réactif. Le déploiement quasi-total de la Marine française à la mer est la preuve de l’efficacité de son système de soutien, mais cette situation, qui pourrait durer, nous oblige.
Ensuite, la nécessité d’aider les Marines à renforcer au plus vite leurs capacités de défense aérienne et contre les drones ; l’OTAN utilise le sigle IAMD, pour Integrated Air and Missile Defence. Thales vient de lancer son système SkyDefender qui est une combinaison tout-en-un de senseurs, effecteurs et C2. Il faut accélérer le déploiement de ces capacités.
SkyDefender, solution multi-domaine de défense aérienne et anti-missile intégrée (IAMD) © Thales - LittlePlus
Troisième point, nous devons aider les Marines à améliorer leur situation tactique et à accélérer leurs capacités de décision et d’action. Les travaux en cours au sein du Groupe Thales répondent à ce besoin.
Quatrième point, même si nous ne disposons que de très peu d’informations en la matière, nous devons délivrer au plus vite aux forces des outils de maîtrise du spectre électromagnétique. Connectivité de combat, guerre électronique défensive comme offensive et management de l'empreinte électromagnétique sont à la base de cette capacité. Là aussi, les américains nous montrent la voie.
Vous n’avez pas évoqué la lutte anti-sous-marine. Voyez-vous des enseignements à tirer des opérations en cours ?
La disproportion entre les deux belligérants est considérable et il est vraisemblable que l'essentiel de la capacité sous-marine iranienne ait été détruit. Reste cependant la menace des drones sous-marins. Cette menace, furtive, est extrêmement difficile à détecter et à traiter. J’ignore quelles sont les capacités de Téhéran en la matière, mais rien n’interdit de penser qu’il puisse bénéficier de l’aide de certaines puissances non parties au conflit mais dotées de cette capacité, redoutable en zone littorale.
Enfin, toujours dans le domaine sous-marin, le minage du détroit d'Ormuz reste une hypothèse plausible. Dans le cas où celle-ci se réaliserait, déminer le détroit pour le rouvrir le plus vite possible à la navigation deviendrait alors une exigence opérationnelle, une fois les conditions de sécurité remplies. Les capacités délivrées par Thales aux marines française et britannique, à la pointe de la performance, pourraient alors être sollicitées.
PathMaster, Unmanned Mine Countermeasures © Ewan Lebourdais
À la mer, vous n’êtes à l’abri nulle part. La guerre des drones et des missiles a changé la donne : il faut des systèmes intégrés, comme nos solutions IAMD, pour survivre et riposter.
Eric Chaperon - Conseiller Défense Navale, Thales