"Nous sommes à l’aube du combat collaboratif"

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© Thales - Temps Présent

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Dans un contexte géopolitique en constante évolution et marqué par l'accélération des avancées technologiques, les marines sont confrontées à des enjeux et des défis majeurs pour garantir leur supériorité opérationnelle. Eric Chaperon, conseiller opérationnel Marine, partage sa vision sur les principaux défis auxquels font face les forces navales aujourd'hui, les transformations induites par le combat collaboratif, et les ruptures technologiques qui dessinent le futur des opérations en mer. À travers cette interview, il apporte un éclairage sur l’importance de l’innovation, de l’interopérabilité et de la résilience pour relever ces défis et préparer le passage à une nouvelle ère du combat naval

Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels sont confrontées les marines aujourd’hui ?

Outre le besoin d’augmenter la disponibilité, la résilience, la modularité, la létalité, l’interopérabilité des unités et la masse globale de l’outil de combat, notamment au travers de l’hybridité, les marins sont également confrontés au défi de l’accélération du tempo opérationnel pour pouvoir traiter des cibles de plus en plus nombreuses et agiles, dans un environnement lui-même de plus en plus complexe.  Le combat collaboratif est au cœur de cet enjeu.

En quoi le combat collaboratif change-t-il la donne sur le plan tactique ?

Face à une menace saturante de haut comme de bas du spectre, combinant de plus en plus drones et missiles, comme observé récemment dans les opérations en cours au Moyen Orient, la supériorité ne s’obtient plus seul par la seule force de ses armes mais par l’action coordonnée des moyens de manière à décupler les performances collectives. L’objectif est de pouvoir détecter, classifier puis engager au plus loin et de façon orchestrée la menace, tout en préservant les capacités de combat de chaque unité pour les engagements futurs.  La mutualisation des ressources, issue de la fusion des données aussi bien entre senseurs qu’effecteurs, portée par un C2 et une connectivité robustes et boostés par l’IA, permettra d’apporter ce surcroit de performance et de résilience à même de réagir et de faire la différence dans des situations de plus en plus complexes. 

Eric Chaperon, conseiller opérationnel Marine © Alex Black - Thales

Selon vous, comment le combat collaboratif naval va-t-il évoluer dans les prochaines années et quelles ruptures technologiques pourraient transformer les opérations en mer ?

Nous sommes à l’aube du combat collaboratif, d’une part parce que les technologies nécessaires sont en cours de développement et d’autre part, et surtout sans doute, parce que la mutation analogique-numérique des marines, indispensable en la matière, est encore loin d’être achevée. Tout le défi est là, ne pas attendre la digitalisation complète de la flotte, qui va prendre encore des décennies, mais accompagner pas à pas les marines pour accroitre leur performance de façon incrémentale

Pour y parvenir, plusieurs axes de progrès se dessinent, tels que la collecte, l’annotation et l'exploitation des données issues tant des capteurs/effecteurs/systèmes que de la simulation pour enrichir les outils logiciels de traitement et de prédiction, le traitement massif de ces données par l’intelligence artificielle axé d’abord sur la veille (par la fusion notamment de données radars et guerre électronique), puis sur l’engagement, au travers de cas d’usage définis par les marins. 

De plus, le développement d’un cloud naval permettra un partage et un accès en temps réel et résilient à l’information entre toutes les unités, où qu’elles se trouvent, tandis que l’acquisition d’une connectivité robuste, s’appuyant sur des réseaux maillés et des satellites LEO/GEO, sera indispensable. 

Il s’agira également de concevoir de nouveaux outils pour maîtriser le spectre électromagnétique dans des environnements contestés, d’utiliser davantage de drones navals et aériens – connectés et capables d’intervenir en essaim, tant en mode défensif qu’offensif – et de renforcer constamment la cybersécurité ainsi que les capacités de résilience face aux cyberattaques. Enfin, le combat collaboratif devra progressivement s’étendre à une approche multi milieu et multi champs.

Nous devrons pour ce faire nous appuyer sur une collaboration accrue avec des partenaires industriels en pointe sur l’innovation technologique, et anticiper les évolutions du contexte géopolitique à travers des solutions modulaires et évolutives capables de répondre rapidement aux menaces émergentes.                      

Les récentes associations/collaborations dans le domaine de l’IA avec nos partenaires Dassault et Naval Group au sein de CortAIx, illustrent ce besoin d’offrir aux Etats un surcroît de supériorité militaire en accélérant le traitement des données.