"Notre objectif est de permettre aux forces armées de conserver une capacité d’échange vitale en toutes circonstances"
© NATO
Alors que l’interopérabilité et la résilience des communications militaires sont plus que jamais au cœur des préoccupations internationales, Thales continue de se distinguer par ses solutions innovantes et son expertise reconnue auprès des Forces de l’OTAN.
À l’occasion de l’adoption du standard OTAN STANAG 4606 Edition 4 par la spirale 6 du FMN (NATO Federated Mission Networking1), Xavier Larderet, VP de l’activité Réseaux Satcom et Mobiles chez Thales, revient sur la genèse de cette technologie, ses évolutions successives face aux nouveaux enjeux de la défense jusqu’à devenir une référence pour les forces alliées.
Le FMN[1] adopte le STANAG 4606 Edition 4 comme standard de référence pour le Satcom protégé, un standard auquel le Modem21 est déjà conforme.
Xavier, peux-tu nous dire pourquoi Thales a décidé, il y a 20 ans, de créer le Modem21 ? Quels étaient les enjeux initiaux ?
La genèse du Modem21 s’inscrit dans une volonté forte des Armées Françaises de garantir la résilience des communications de défense par satellite, y compris dans les contextes les plus exigeants et les plus contestés. Les menaces de brouillage et la nécessité de communications opérationnelles fiables, même sous haute intensité, ont toujours été des préoccupations majeures pour la France. Notre objectif a été de permettre aux forces armées de conserver une capacité d’échange vitale en toutes circonstances, quels que soient l’environnement tactique ou les tentatives de brouillage ennemi.
Depuis sa création, comment le Modem21 a-t-il évolué pour répondre aux nouveaux défis militaires et technologiques ?
Le Modem21 n’a jamais cessé de s’adapter. Nous avons accompagné les transitions technologiques, notamment le passage du mode circuit traditionnel aux communications IP, tout en renforçant notre savoir-faire sur l’architecture de sécurité, l’anti-brouillage et la flexibilité d’emploi. Aujourd’hui, le Modem21 s’appuie sur des technologies de pointe pour garantir résilience et fiabilité des échanges, même dans des environnements fortement contestés, comme le révèlent les conflits récents.
Sur le plan spatial, il est aujourd’hui compatible avec des architectures satellitaires GEO, MEO et HEO et conçu pour évoluer vers des environnements multi-orbites intégrant à terme des constellations LEO, couvrant ainsi l’essentiel du spectre des orbites utilisées pour le Satcom de défense. Les évolutions ont également concerné le packaging, puisque le Modem 21 se décline désormais dans des versions Field pour les stations terrestres mobiles et déployables mais aussi Air Compact, pouvant être embarquée sur les plateformes aériennes.
D’un point de vue technologique, il intègre des mécanismes avancés de protection des liaisons, tels que le saut de fréquence, l’adaptation dynamique de débit et de forme d’onde, ainsi que des capacités renforcées d’anti-jamming, afin de préserver la disponibilité du service dans des environnements électromagnétiques contestés.
Comment le Modem21 et sa forme d’onde OTAN STANAG 4606 se sont-ils imposés comme référence ? Peux-tu nous retracer cette évolution ?
Dès les premières étapes, Thales a travaillé main dans la main avec des groupes de normalisation internationaux et les Ministères de la Défense, dont la France, pays qui assume le rôle de ‘Custodian’ (dépositaire) du STANAG 4606.
Notre implication active dans la définition et l’évolution des standards s’est concrétisée par une présence notable lors de projets collaboratifs majeurs.
Sur le terrain, nous avons participé aux exercices internationaux CWIX (Coalition Warrior Interoperability eXploration eXperimentation eXamination eXercise), organisés par l’OTAN qui rassemblent chaque année plus de quarante nations et Ministères de la Défense autour de scénarios concrets, pour valider l’interopérabilité, la performance et la sécurité de nos systèmes dans des conditions opérationnelles diverses et exigeantes d’interopérabilité entre nations. Nous sommes présents lors de cet événement sur de très nombreux sujets, allant du Satcom à la 5G, de la radio HF haut-débit aux radios ESSOR, de PCN au Cloud... Le Modem21 y a démontré sa capacité à s’interfacer efficacement dans les communications alliées, illustrant ainsi sa robustesse et sa maturité technologique sur des cas d’usage réels.
Aujourd’hui, le Modem21 est déjà déployé ou en cours de qualification dans plusieurs pays européens et alliés, et constitue un socle d’interopérabilité pour des forces opérant dans des cadres multinationaux.
Il faut rappeler que dans ce contexte d’interopérabilité, la conformité aux spécifications FMN est un prérequis fortement valorisé par l’OTAN. Comme le souligne l’Alliance :
« Il est obligatoire pour les nations fournissant des forces à l’ARF (Allied Reaction Force – Force de Réaction Alliée[2]) de prouver leur conformité aux spécifications FMN Spiral, et il est fortement souhaitable que les autres nations en fassent de même. »[3]
Cela implique pour Thales l’intégration continue de ces exigences de standardisation, de protection et d’interopérabilité dans le développement de nos solutions.
Au-delà de ces validations opérationnelles, Thales renforce également sa proximité avec l’écosystème OTAN à travers des initiatives structurantes. Ainsi, en février 2026, nous recevrons une session du Tactical Edge Syndicate (TES) du NATO Federated Mission Networking (FMN), un moment clé pour échanger sur les attentes et besoins du terrain et leurs solutions avec de nombreux partenaires.
L’ensemble de ces initiatives, combinées à l’innovation continue et à l’adaptation de nos solutions, explique pourquoi le Modem21 conçu et développé par Thales répond dès aujourd’hui à l’édition 4 du STANAG 4606 et à la Spirale 6 FMN, et est reconnu comme une brique essentielle de l’OTAN et de la souveraineté et de l’interopérabilité de ses Etats Membres.
[1]Federated Mission Networking* = cadre technique et procédural permettant aux forces de l’OTAN d’échanger informations et services opérationnels de manière sécurisée et interopérable.
Voir aussi: NATO Federated Mission Networking
[2]NATO ARF (Allied Reaction Force – Force de Réaction Alliée): force multinationale multimilieu à haut niveau de préparation capable de se déployer sur très court préavis, mise à disposition par les pays de l’Alliance OTAN
Voir aussi : Force de réaction alliée (ARF) | OTAN
[3] “it is mandatory for Nations providing forces to the NRF/ARF to prove compliance with FMN Spiral Specifications, and it is highly desirable for other Nations to do so as well.”