L’hybridation des réseaux, nouvelle clé de la supériorité technologique des armées
© Christopher Ison/Thales
Le marché des communications militaires connaît un tournant majeur, porté par l’explosion des besoins en connectivité sur le champ de bataille. Drones, capteurs, véhicules, soldats… tous communiquent, en permanence. Dans cet écosystème ultra-connecté, la supériorité opérationnelle repose désormais sur la maitrise des flux de données.
Longtemps fondées sur des moyens dédiés, robustes mais limités, les communications militaires évoluent vers des architectures hybrides, combinant les atouts des réseaux de défense et des télécommunications du secteur civil. Cette complémentarité permet aux forces de gagner à la fois en connectivité, en agilité et en discrétion.
Un champ de bataille de plus en plus connecté
L’hyperconnectivité du champ de bataille place désormais la donnée au cœur des opérations militaires. Images vidéo, renseignements, cartographies dynamiques : l’ensemble de ces flux participent d’un même enjeu tactique, celui de disposer en temps réel d’une information exploitable. Un impératif renforcé par l’essor de l’intelligence artificielle, dont l’efficacité dépend directement de la quantité, de la qualité et de la disponibilité des données. Cette guerre de l’information impose des exigences inédites en matière de débit, de latence, de résilience et d’agilité, indispensables pour coordonner les opérations en environnement contesté, accélérer la décision et conserver l’avantage sur un adversaire, lui aussi, toujours plus connecté.
« La bande passante des réseaux militaires atteint ses limites pour absorber l’augmentation exponentielle du volume de données », constate Alex Bottero, en charge des activités Systèmes de réseaux et d’infrastructures chez Thales. « La solution consiste à intégrer les capacités des opérateurs commerciaux aux réseaux de défense, afin d’augmenter les performances sans compromettre la résilience, la sécurité et la simplicité d’usage sur le terrain ».
© 123RF
« Nous avons donc adapté nos solutions et innovations issues des réseaux mobiles commerciaux aux contraintes spécifiques des opérations militaires »
Eva Rudin - Vice-présidente de la division "solutions de connectivité mobile" chez Thales
Adapter les innovations des télécommunications commerciales au champ de bataille
Le retour d’expérience ukrainien a montré que les capacités commerciales (réseaux mobiles 4G/5G et satellites en orbite basse), disponibles à quelques dizaines de kilomètres du front, constituent un appui complémentaire pour les forces armées.
L’enjeu n’est pas de substituer ces moyens aux réseaux militaires, mais de les intégrer en complément des bulles de connectivité privée déployées sur le terrain, à condition de pouvoir passer simplement d’un profil à l’autre.
« Selon la situation tactique, nos solutions permettent de basculer, en fonction du besoin (débit, discrétion, résistance au brouillage…), entre les réseaux opérateurs disponibles et les réseaux privés déployés par les forces. »
Alex Bottero - Vice-président des activités Systèmes de réseaux et d’infrastructures chez Thales
L’eSIM, version dématérialisée de la carte SIM, permet quant à elle d’activer et de reconfigurer à distance des milliers d’équipements en quelques secondes (provisioning). « Gérer la logistique des cartes SIM est un casse-tête gigantesque pour les forces armées », souligne Eva Rudin. « Avec notre solution Drakon Instant Connect nous pouvons télécharger instantanément un nouveau profil opérateur, sans manipulation physique préalable ».
« C’est là que nous apportons une rupture qui permet de faire la différence : nous rendons la 4G/5G réellement opérationnelle au niveau tactique », résume Alex Bottero. « Cette technologie eSIM a également vocation à être utilisée dans les futurs réseaux satellitaires en orbite basse, dans le cadre de la 5G non terrestre (NTN), notamment avec des programmes comme IRIS². », ajoute-t-il.
© Thales
Discrétion et sécurité opérationnelle
Les réseaux commerciaux offrent également un autre avantage : la discrétion. « Sur un réseau public, nos technologies permettent de ne pas distinguer un soldat d’un civil. En milieu urbain, on peut se fondre dans la masse », explique Eva Rudin. Dans les conflits récents, cette capacité a déjà été démontrée. « Les drones ukrainiens [qui ont opéré à des milliers de kilomètres de leur base pour frapper des avions russes en juin 2025], se sont appuyés sur des réseaux commerciaux », rappelle Alex Bottero.
Ces technologies introduisent une nouvelle couche de sécurité. Les données sont chiffrées en amont, quel que soit le réseau utilisé : « En pratique, les réseaux commerciaux servent de tuyaux : la sécurité est assurée en amont », précise Alex Bottero.
D’autres mécanismes renforcent également la sécurité. L’un des plus innovants consiste à modifier régulièrement l’identité numérique des équipements connectés.
« Grâce à l’eSIM et une solution innovante breveté par Thales, on a la capacité de changer d’identifiant à tout moment et donc de limiter la détection des équipes en opération »
Eva Rudin
Ce procédé permet de déjouer les dispositifs de surveillance adverses. À cela s’ajoute une gestion fine des accès grâce aux certificats de sécurité DCS (Data Centric Security) : « On peut décider qui a accès à quoi et quand ». Une évolution vers une sécurité centrée sur l’information elle-même, et non plus seulement sur les infrastructures.
Une reconnaissance internationale et institutionnelle
L’efficacité de cette architecture hybride des réseaux a été éprouvée lors d’exercices militaires, notamment dans le cadre du programme DiBaX(1) de l’OTAN, mené à Riga, en Lettonie. Thales y a démontré sa capacité à faire converger différents types de réseaux (flux IP, radiofréquences tactiques, accès mobiles) et à intégrer, au sein d’une même infrastructure, des systèmes autonomes (drones, robots ou capteurs).
© National Armed Forces of Latvia
Thales a d’ailleurs été distingué par un Excellence Award de la Science and Technology Organization (STO) de l’OTAN pour ses travaux sur l’usage de la 5G, désormais intégrée aux standards de l’Alliance. Cette reconnaissance a contribué au lancement de nouveaux programmes OTAN, illustrant la capacité de Thales à adapter ses innovations issues du monde civil aux besoins d’interopérabilité et de modernisation des forces alliées.
(1) DiBaX (Digital Backbone Exercise) est piloté par l’Allied Command Transformation de l’OTAN.
En savoir plus
- 5G, connectivité, autonomie distribuée
- Défense
- Terrestre
Réseaux déployables DRAKON
Une gamme complète de nœuds, stations, moyens de communication offrant une connectivité mobile, hybride et résiliente aux systèmes de commandement et de contrôle, de défense aérienne engagés dans des opérations de haute intensité.