Sur les lignes de réparation des activités optroniques et électroniques de missile de Thales, la maintenance augmentée devient réalité

  • Défence aérienne
  • Disponibilité des forces
  • Formation et soutien

© Elvire Lepoutre - Thales

  • Type Insight
  • Publié

Après une expérimentation réussie, une solution de maintenance augmentée va être généralisée sur les lignes de réparation des activités optroniques et électroniques de missile de Thales. Gain de temps, réduction des erreurs, meilleure transmission du geste… Cette innovation aux avantages multiples est le fruit d’une collaboration avec la start-up française SHIFT89.

Sur la ligne de réparation de la nacelle optronique RECO-NG, il n’est plus rare de croiser des techniciens équipés de casques de réalité augmentée. Entre les yeux et les éléments de la nacelle à réparer, un tutoriel augmenté s’affiche à l’écran. Celui-ci leur permet de reproduire immédiatement sur l’objet les gestes montrés et expliqués en images, mais aussi à travers la voix off d’un collègue. Si la réalité augmentée n’est pas une nouveauté en soi, la mise en place d’une solution opérationnelle de maintenance augmentée l’est beaucoup plus.

Pendant un an, en étroite collaboration avec la start-up française SHIFT89,, l’expérimentation menée sur cette ligne de réparation des activités optroniques et électroniques de missile de Thales s’est révélée concluante. Elle a répondu à un besoin crucial : mieux capitaliser les savoir-faire sur les opérations de maintenance plus occasionnelles et sur celles dont la technicité ou le geste occupent une place prépondérante, tout en facilitant également la montée en compétence des nouveaux entrants.

Renforcer la transmission du savoir-faire

Le cas d’usage retenu, à savoir la ligne de réparation de la nacelle aéroportée RECO-NG, a été choisi pour la fiabilité et les hautes performances démontrées du système, qui demeure pleinement en service et maintenu sur le long terme. « Certains de nos produits ont des durées de vie longues. De passage sur nos lignes de réparation, certains objets n’apparaissent que de façon ponctuelle. Un technicien qui reste en poste deux ou trois ans aura travaillé sur trois ou quatre objets tout au plus. Il est donc clé de pouvoir mieux capitaliser l’information pour préserver la transmission de l’expertise, notamment des gestes », explique Rémi de Besombes, responsable marketing et innovation chez Thales pour les activités optroniques et électroniques de missile.

La capitalisation classique passe en effet par l’écrit. Or, sur des produits complexes, en présence notamment de câblages denses, comme dans le cas d’une nacelle, la documentation textuelle affiche ses limites. 

« Il peut être en effet compliqué de transcrire la dextérité d’un geste par un document rédigé. Rien de tel qu’une vidéo et la voix d’un collègue technicien qui maîtrise ces actions pour réduire les risques d’erreur et gagner du temps », indique Romain Lesobre, responsable ingénierie innovation, en charge du projet.

Des tutoriels faciles à créer

La collaboration avec SHIFT89 a commencé début 2025. Une fois les problématiques techniques et de sécurité traitées, quelques dizaines de tutoriels ont pu être tournés. Avant chaque tournage, il faut valider la trame pédagogique et le séquençage du film. C’est ensuite le technicien lui-même, à l’aide du casque de réalité augmentée, qui se filme, prend des photos et transmet les explications en parlant. Chaque étape d’un tutoriel dure entre 30 et 60 secondes. Une fois montés, ceux-ci doivent être scrupuleusement validés avant d’être diffusés aux « apprenants » sur la ligne.

La grande innovation de la solution proposée par SHIFT89 est sa facilité de prise en main par les équipes opérationnelles. 

« Il existe d’autres solutions de maintenance augmentée, mais celles-ci nécessitent souvent des développements lourds. Ici, nos équipes peuvent créer elles-mêmes les tutoriels. Au final, l’adoption en interne est facilitée », souligne Rémi de Besombes. 

Gain de temps, réduction des erreurs

Le bilan réalisé après douze mois d’expérimentation révèle plusieurs gains. « Les apprenants ayant testé la solution ont particulièrement apprécié le fait qu’elle laisse les mains libres. Cela leur permet de reproduire les gestes pendant le tutoriel », note Romain Lesobre. Résultat, la maintenance augmentée renforce l’efficacité des gestes techniques, réduit le temps passé sur certaines actions mais aussi le risque de casse lié à une erreur de manipulation ou à l’oubli d’une étape, et par conséquent celui de « rework » potentiel.

Testée et approuvée, la solution va donc pouvoir être étendue. Le cap est clair : installer la solution sur les autres lignes de réparation des activités optroniques et électroniques de missile de Thales, avant d'étendre le modèle dans la chaîne de valeur du MCO (Maintien en condition opérationnelle) et jusqu’au client. À noter que le client a déjà expérimenté ce moyen sur base aérienne et qu’il est conquis. Pour le groupe, la vraie valeur ajoutée ne réside pas uniquement dans l’outil mais dans le contenu créé, un condensé de savoir-faire technique et gestuel de premier ordre. « Nous entrons dans une phase de partage des bonnes pratiques et d’industrialisation. Devant nous, s’ouvre une utilisation qui devrait être exponentielle », se réjouit Romain Lesobre.

L’alliance réussie entre industriel et start-up

Cette expérimentation réussie révèle enfin une autre réussite. En s’associant avec SHIFT89, les activités optroniques et électroniques de missile de Thales ont montré combien la collaboration avec une start-up pouvait déboucher sur un déploiement d’innovation rapide et performant

« Nous avons pu travailler en flux tendu avec leurs équipes. Au moindre bug, questionnement ou idée, l’interaction entre nos équipes était fluide et la start-up faisait preuve d’une forte réactivité pour effectuer les mises à jour », indique Romain Lesobre.

La rencontre fructueuse entre l’agilité d’une start-up et l’expertise de pointe d’un leader industriel mondial.